Adoma

Rupture du jeune et débat sur la situation des immigrés âgés au Foyer Adoma d’Aix, en juillet

Je remercie M. Nacer El Idrissi, de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France, pour son invitation à participer, fin juillet, à la rupture du jeune au sein du foyer Adoma d’Aix-en-Provence, dirigé par M. Nejmédine Arnouni, que je remercie pour son accueil chaleureux. J’ai également retrouvé avec grand plaisir, sur place, mon ami Hervé Guerrera, conseiller régional et conseiller municipal Parti Occitan-EELV.

L’ATMF avait placé cet événement sous une thématique peu discutée dans les débats publics, mais pourtant très importante en terme de citoyenneté et d’accès aux droits : celle de la situation des immigrés âgés dans notre pays. Ces personnes, qui ont rejoint la France pour participer à l’effort national d’industrialisation du pays, dans les années 1960, et ont voué leur existence au développement de notre pays, en occupant très souvent des emplois à forte pénibilité, se retrouvent aujourd’hui dans une situation particulièrement difficile. Elles cumulent en effet nombre de problèmes personnels: mauvaise santé consécutive à un renoncement très fréquent aux soins; conditions indignes de logement; isolement et solitude; revenus très faibles.

On estime à 350 000 le nombre d’ immigrés hors Union Européenne âgés de + de 65 ans vivant en France. Un peu moins de la moitié d’entre eux ont été naturalisés. Cette population a toujours été ignorée par les politiques publiques, car son installation dans notre pays a longtemps semblé n’être que temporaire. Le « mythe du retour » définitif dans le pays d’origine, longtemps présenté comme l’horizon logique du destin de ces communautés, a désormais vécu face au constat de la sédentarisation sur notre sol national de ces populations. Il est désormais indispensable d’apporter une réponse politique pour permettre à ces « invisibles » de trouver leur place au sein d’une République qu’ils ont pourtant servi dignement.

Conscient de cette situation inacceptable, une Mission d’information parlementaire a été créée le 20 novembre 2012 par l’Assemblée Nationale, dans un consensus droite/gauche que je salue. A l’issue de ses auditions, la Mission a établi plusieurs préconisations dont j’espère une traduction concrète assez rapide. Sur ce dossier, l’enjeu majeur réside non pas dans le fait de créer des droits spéciaux pour ces personnes, mais de les intégrer dans le droit commun. Bien souvent, les immigrés âgés disposent de droits comme n’importe lequel de nos concitoyens, mais ne les font pas valoir. C’est par exemple le cas des droits sanitaires.

Plusieurs chantiers doivent ainsi être ouverts:

– Sur les retraites : des efforts doivent être réalisés afin d’éviter les ruptures de droits dans la perception des allocations lorsque les immigrés âgés oscillent entre le pays d’accueil et le pays d’origine (dans lequel ils peuvent parfois de rendre plusieurs mois, ce qui a un effet suspensif sur les allocations sociales). Le régime juridique actuel ne permet pas la souplesse nécessaire pour traiter ces situations.

– Le logement : Il faut garantir aux immigrés âgés des conditions de logement dignes. Dans cette perspective, la poursuite du plan de traitement des foyers de travailleurs migrants (PTFTM), qui a pris un retard considérable depuis son lancement en 1997, constitue une priorité. Tous les foyers doivent à présent être rénovés.

– L’accès à la santé. Le Ministère veut développer des actions de médiation, des actions innovantes, conduites par des personnes issues des quartiers et des communautés concernées, pour amener les immigrés âgés vers les lieux de soins et de prévention. Ces personnes seront chargées de procéder à un accompagnement pour faire le lien entre les acteurs institutionnels locaux et la population, en établissant des relations de confiance.

– Reconnaître la place qui revient aux immigrés âgés dans la société et notre histoire. La question des « carrés confessionnels » est, à cet égard, très importante. La législation actuelle permet aux maires de délimiter des « carrés confessionnels » qui restent peu nombreux aujourd’hui malgré quelques progrès alors que le droit en vigueur permet aux maires de décider de leur création.

Le Parlement devrait être saisi de propositions législatives sur ces sujets, et j’espère que nous pourrons collectivement, dans le consensus, offrir à ceux qui ont travaillé dur pour notre pays la reconnaissance qu’ils méritent.

 

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Catégories : À la une, Actualités | par jdc
posté le 09/4/13